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| Le fonctionnement actuel de nos sociétés pose deux types de problèmes, ceux du vivre ensemble et ceux du faire ensemble. |
| Alain BOURDIN |
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Le vivre ensemble, qui concerne aussi l'activité économique (comment faire cohabiter des logiques et des intérêts différents), suppose la régulation et la gestion au quotidien : il s'agit de pouvoir faire fonctionner un ordre dont on voit qu'il est plus souvent local que national. Faire ensemble, c'est établir des projets, leur donner du sens, construire des coalitions. La gouvernance est très différente dans les deux cas. Dans le premier cas il s'agit souvent de "produire du social" dans le second de mobiliser des acteurs et de coordonner leur action. Que l'on se situe dans l'une ou l'autre perspective, deux questions se posent. Comment produit-on des références communes ? Le cadre juridico-règlementaire ne fonctionne comme référence commune que pour des milieux très limités. Les images et les "récits" liés par exemple aux grands projets peuvent être très mobilisateurs : mais se pose souvent la question des conditions de leur production pour qu'ils puissent jouer ce rôle. Il manque en outre souvent un véritable "savoir commun", véritablement partagé. La construction d'un savoir commun et le fait de s'y référer dans l'action collective constituent peut-être la version moderne du "modèle républicain". De ce point de vue, les dispositifs de concertation dans les pays nordiques et en Allemagne méritent d'être observés. La production des acteurs (ou du moins l'aide à l'émergence des acteurs) est actuellement complètement étouffée par une trop grande production institutionnelle qui fabrique de faux acteurs. Comment en sortir ? Il n'y a pas de réalité établie une fois
pour toutes qui serait une identité locale. En revanche des individus
peuvent se référer à une histoire, à une langue,
à des traditions, à un patrimoine commun. Ce patrimoine
est beaucoup moins immuable qu'on le dit, il est construit à
partir du présent. Les relations que les uns et les autres
entretiennent avec lui sont très variables : cela va de l'identification
à toute une symbolique fortement localisée à des
références superficielles et anecdotiques, d'une lecture
purement conservatrice à la création de nouveaux éléments
de patrimoine, d'un registre qui touche à la sacralisation à
une attitude très utilitaire. Il n'existe aucune raison d'établir
une hiérarchie dans ces différentes relations avec le patrimoine
"identitaire" local, ni de les réserver à certaines
catégories, ni même de considérer que ceux qui ne
ressentent pas l'identité locale sont des infirmes. C'est au contraire
avec cette diversité que se produit de l'action locale
et de l'ordre localisé. Cette construction est toujours
en mouvement. L'identité locale n'existe pas, mais on peut en faire
bon usage. |
Professeur Alain BOURDIN
Institut Français d'Urbanisme
Champs sur Marne (77)
