L e    bien commun
Ne sommes-nous pas tous nés avec la guerre, voire au milieu de celle-ci ?
Sommes-nous prisonniers d'un âge d'or, d'avant guerre, sommes-nous tous chassés d'un paradis terrestre ?
Prisonniers d'une nostalgie, sommes-nous inéluctablement entraînés dans une fuite en avant, une course nomade, sans futur ?
Jacques BEAUCHARD

 

Pourtant, la guerre s'est retirée et nous avons tous vu nos Cités et nos Pays renaître. Malgré le retour cyclique de la crise, les villes ont été reconstruites. Les trafics l'ont emporté, au point, parfois, de nous étouffer. Dans le monde, des mégapoles ont grandi faisant croître en elles la société des individus et, ici et là, en réaction, des communautés parfois exclusives ; tandis que se multiplièrent les pollutions, les corruptions, les inégalités, preuves de richesse et de pauvreté.

Dès lors le monde présent paraît désespérément désenchanté. Ne nous reste t-il plus qu'à le fuir ?

Nous pouvons inverser le cours de cette conscience malheureuse. N'est-ce pas l'effet le plus remarquable de notre enquête sur le génie de la mosaïque libanaise ?

La conscience de la précarité et des divisions nous met en quête des références communes, non du côté des utopies, mais du côté de l'ordinaire et du quotidien. Ainsi, nous nous sommes attachés à la langue et aux noms communs, aux modes de vie et aux rituels qui ordonnaient l'être ensemble. A travers l'infinie variété, les cloisonnements, les oppositions, des identités inscrites, nous avons découvert des lieux publics et des cultures, qui, comme tels étaient porteurs d'un bien commun, là se tenait une alliance implicite : le patrimoine de la mosaïque identitaire. Les pages qui suivent en présentent les facettes les plus remarquables, elles se tiennent à portée de tous.

Professeur Jacques BEAUCHARD
Université Saint-Joseph de Beyrouth