L a   désynchronisation
  d e s    temps vécus
Les politiques qui prennent l'ensemble des temps sociaux pour point d'application revêtent une importance croissante du point de vue de la qualité de vie des citoyens et sont perçues comme un processus démocratique transversal. Elles renvoient à de réels problèmes dont la prise de conscience a été catalysée, entre autres, par les transformations de la nature et du contenu du travail ainsi que des durées et rythmes du temps de travail.
Jean-Yves BOULIN

Quelles régulations et à quels niveaux ?

 

Conjuguées à d'autres types d'évolutions de nature économique et socio-culturelle, ces mutations ont, au total, débouché sur une remise en cause des principes de synchronisation structurants de l'organisation industrielle/fordiste du temps : la synchronisation par la succession des activités et la synchronisation par la division sociale du travail entre les hommes et les femmes.

C'est cette désynchronisation croissante des activités qui a constitué la question de l'articulation des temps sociaux en objet des politiques temporelles : de la régulation de chacun des temps sociaux, l'on passerait ainsi à une régulation par l'articulation entre les différents temps sociaux et systèmes d'horaires. L'enjeu central sous-jacent à ces politiques est celui de la maîtrise du temps, qui passe bien souvent par la question de l'accessibilité.

Il s'agit en réalité de penser l'articulation des temps sociaux dans sa globalité à l'échelon local et d'instaurer une dynamique de réflexion collective autour de ces questions. Si les partenaires sociaux, acteurs " classiques " du dialogue social ont un rôle à jouer de ce point de vue, notamment en intégrant la vie hors-travail des salariés comme élément de la négociation sur le temps de travail, il apparaît que d'autres acteurs (les collectivités locales, les usagers via leurs associations, les citoyens) ont un rôle à jouer de ce point de vue, notamment dans les choix à faire au regard de l'organisation sociale du temps dans un espace donné.

Si l'on se situe là dans le cadre d'une gouvernance appréhendée dans sa dimension locale, il apparaît clairement que celle-ci ne peut être détachée de sa dimension régionale, nationale et européenne, notamment en la rattachant aux lignes directrices en matière d'emploi et de protection sociale.

Jean-Yves BOULIN
Institut de Recherches Interdisciplinaires en socio-économie
Université Paris Dauphine