Souvenirs de l'Archipel (1)


Depuis trop longtemps, il noyait son ennui dans de grands verres de rêves dont les ombres redessinaient sur les murs chaulés, la carte des îles oubliées.
Les minutes s'écoulaient lentement comme des sentiments distendus dans l'attente froide et tranquille de son envol.
Un peu d'écume blanche aux lèvres, une vague euphorie comme une mousse verte traçait sur l'envers de ses retines des visages aux contours imprécis. La mer montait, lente et imperturbable, dissolvant sans l'ombre d'un remords toute crainte, toute absence.
Du sens de ton existence. Ailleurs.
Source blanche de l'absence. Des heures.
Rivière de larmes mouillant l'ancre. Jetée.
Eaux coulant sur mes mains crispées
comme un estuaire sur mon visage.
Sillons gris, sillons lourds d'orages
comme toi, lorsque tu bois
toute la mer m'est un enfer, tu vois.
Lame brisée, mémoire ébréchée
comme une assiette prête
à recueillir mes yeux vidés
des rêves que tu as avalés d'un trait .
Plonge ta main, vas-y, touche :
mon coeur est à sec, et pourtant, il bouge.
*J'aurais voulu ce soir t'entourer des mots les plus doux, t'emporter loin d'ici sur des plages baignées de soleil
Te regarder dans les yeux en une seconde d'éternité...
Mais depuis des heures je cherche les clefs de ton âme,
suffocant et assailli des démons du réel...


©T.Laï & L.Déniel 1999

 

 

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