LE HAUT DÉBIT SUR L'ILE DE RÉ ? IL NE
TIENT QU'À NOUS
AVEC « LA RÉTAISE DES SIGNAUX »
*
Le problème actuel du haut débit : Le haut débit
correspond à une liaison permettant de disposer d'une image vidéo
de qualité télévisée. Pour cela le débit
doit être supérieur à 1 Mega bit par seconde dans les
deux sens (émission réception) et le temps de réponse
(latence) inférieur à 200ms. A noter qu'une liaison satellitaire
propose un temps de réponse supérieur à 500ms ce qui
réduit la qualité.
- La meilleure technique actuelle pour transporter
des données très rapidement est la fibre optique qui les transporte
à la vitesse de la lumière dans des gaines enterrées
en général le long des routes.
- Une technique plus lente mais néanmoins fort acceptable
pour quelques années encore est le DSL (Digital Suscribe Line) qui
utilise les fils de cuivre du téléphone pour transporter le
signal. Enterrés ou non le long des routes, ces fils irriguent le
pays de manière descendante, partant des grands centres pour aller
vers des répartiteurs (grosses armoires) placés tous les 5km,
où ils se démultiplient en étoile vers des sous-répartiteurs
(petites armoires) et rejoignent ensuite nos maisons. C'est l'opérateur
historique, France-Télécom, qui gère d'une manière
globale tout le réseau et loue l'ensemble, du fils de cuivre, au réseau,
au matériel, à l'annuaire. Pour qu'un autre acteur, une coopérative
locale d'utilisateurs dans notre cas, puisse louer seulement cette boucle
locale de cuivre et la transformer en haut débit, il faut pouvoir
séparer le lot, c'est-à-dire « dégrouper ». Le principe pour transformer ces fils de cuivre en DSL est de placer des
boîtiers modem dans les répartiteurs et d'autres modems dans
les sous-répartiteurs pour garantir un bon débit à l'utilisateur
le plus éloigné. Par le dégroupage, dans notre exemple, la coopérative place
ses modems dans un petit local technique près des répartiteurs.
Il existe quatre type de modem DSL selon leur
débit, le moins rapide et le moins cher étant l'ADSL. Dans le cas rétais la coopérative
peut louer les lignes pour 13 Euros mensuels à leur propriétaire
France Telecom qui devient alors « grossiste » ; elle équipe
les répartiteurs et redistribue « au détail » les
lignes à ses sociétaires. La loi le permet et la nécessité
de se substituer à l'opérateur historique, lorsqu'il ne procède
pas aux aménagements comme c'est désormais le cas à
hors des agglomérations, l'impose.
- Enfin, des techniques sans fil, utilisant les ondes radioélectriques
émises par satellite permettent d'irriguer des lieux sans être
contraint par des infrastructures physiques. Ainsi le plus simple, le Wifi,
à partir d'une liaison bi-directionelle par satellite, nécessite
une parabole puis des antennes qui permettront à des utilisateurs
« à vue » de créer entre eux un réseau d'interconnection.
Chacun devient émetteur et récepteur en ajoutant un petit
boîtier à son ordinateur et le réseau devient d'autant
plus important qu'il y a d'utilisateurs. C'est ce qui va être également
déployé sur l'Ile en complément du DSL
Aujourd'hui, sur l'Ile de Ré, la fibre optique parvient au
moins à tous les villages (sauf Loix) mais comme si la seule voirie existante était
une route départementale ; il faudrait encore enterrer des kilomètres
de fibres pour pouvoir irriguer les quartiers, les rues, les venelles et
toutes les maisons. Or le coût des travaux est gigantesque si aucun
fourreau n'a été posé en prévision lors des réfections
de chaussée. Il convient pour nous de faire progressivement avec l'aide
active de chaque commune et des services de la DDE l'inventaire des fourreaux
disponibles. Celui-ci devrait révéler d'intéressantes
surprises.
Pour le DSL, le téléphone étant partout, le seul obstacle
est le coût encore abusif réclamé par France-Télécom
pour effectuer le dégroupage et se contenter ensuite de la simple
location de la ligne sur laquelle la coopérative aura implanté
ses modems. Ce n'est pas un problème technique, ce n'est pas un problème
financier, c'est un problème stratégique et politique ; dans
ce sens, nous ne doutons pas avec le soutien des élus et de toutes
les forces vives de l'Ile d'imposer à France-Télécom
une solution gagnant/gagnant en jouant la carte de l'expérimentation
rétaise. Au niveau national cette évolution est déjà
bien engagée puisque nous pouvons annoncer que des chercheurs de France
Telecom Recherche & Développement au laboratoire de la Direction
des Interactions Humaines (DIH) à Issy-les-Moulineaux ont déjà
inscrit l'expérience d'appropriation des réseaux sur l'Ile-de-Ré
comme sujet de leurs études. A ce niveau d'études
l'Ile-de-Ré se retrouve associée à une étonnante
variété de lieux expérimentaux en France.
Ainsi, notre choix, face à la multitude des
technologies actuelles, face aux spécificités de notre territoire,
face aux délais imposés par le règlement des problèmes
concernant France-Télécom, est de partir du besoin des utilisateurs
et de construire le réseau par le bas. On utilisera, par exemple, une technique
pour relier les maisons (Wifi), une autre les villages (DSL) une autre le
continent (la fibre optique) et on adaptera au fur et à mesure les
techniques aux besoins et aux coûts supportables. L'objectif est d'avoir
du haut débit à un prix et à une qualité comparables
à ce qui est accessible en milieu urbain. Ce qui est possible en maillant
les techniques. Le territoire de l'Ile-de-Ré va gagner ainsi une véritable
politique concertée d'aménagement des réseaux. La concertation
vise ici tous les acteurs concernés au premier rang desquels nous
plaçons les usagers. Car nous considérons avant tout que le
"premier kilomètre carré" constitue un niveau déterminant
en la matière, trop souvent oublié au profit de "grandes manoeuvres"
qui n'ont pas, jusqu'à aujourd'hui, apporté la preuve incontestable
de leur efficience. Pour regrouper les utilisateurs, les connaître
et négocier les technologies adaptées, nous avons donc opté
pour le cadre juridique idéal que représente pour nous la SCIC
(Société Coopérative d'Intérêt Collectif)
qui sera chargée de construire une maîtrise d'ouvrage ad hoc
en la matière. De forme privée et d'intérêt public,
la Scic est une nouvelle forme d'entreprise coopérative qui perme
d'associer celles et ceux qui, salariés, usagers, bénévoles,
collectivités territoriales ou tous autres partenaires, veulent agir
ensemble dans un même projet de développement local. La SCIC
de l'Ile de Ré sera la première SCIC Française dans
le domaine des télécommunications. Nous l'avons nommée
« La Rétaise des Signaux ».
Pour Radiophare
Bénédicte DEBROISE et Olivier ZABLOCKI